Groupe Études Jean-Richard Bloch

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ESPAGNE ET RUSSIE...

samedi 16 octobre 2010

Marianne, 28 Décembre 1932

Espagne ! la voici servie à souhait, à la fois par « Columbia » et
par « Gramophone ». La première de ces deux maison nous présente un chœur espagnol qui devra faire sensation : El coro de ruada Dans un chant dur et âpre : Negra sombra ; dans un chant clair et vif Ô quer quelle quer, cet ensemble excellent nous étonne et nous apprend quelque chose. Mettons-le sans hésiter au rang des plus fameux chœurs russes. Voix d’hommes et voix de femmes sont d’un timbre, d’une pureté, d’une richesse, et, tout à la fois, d’un mordant que nous ne pouvons qu’admirer...et envier, du fond de notre pays, si pauvre en vraie musique, si stérile en fait de musicalité populaire !

Les enregistrements de castagnettes sont nombreux,. Il y en a de mauvais, il y en a de bons. En voici un de la second sorte. C’est Manuela del Rio, que « Gramophone » nous révèle dans ses danses andalouses. Triomphatrice récente d’un festival, à la salle Pleyel, Manuela ne nous convainc pas moins, à la terrible contre-épreuve du disque, ce juge froid et aveugle. Pour elle, il s’échauffe et s’humanise.

Espagne et Russie- les deux pôles musicaux de l’Europe- dont l’un est déjà l’Afrique, l’autre déjà l’Asie. !

Si peu de place pour parler de la troisième symphonie de Roussel (« Polydor », trois disques) ! Du très beau concerto de Prokofiev (« Gramophone » : 3 disques) ! De la Sonate de Chopin jouée par Cortot(« Gramophone »)dans un mouvement excellent ! De la Symphonie italienne de Mendelsohnn, jouée par le Hall Orchestra (« Columbia » 3 disques) en grands progrès sur tous ses précédents enregistrements !

J’essaierai de revenir à loisir sur ces quatre pièces importantes. Mais, en cette quinzaine de cadeaux ingénieux, je ne pouvais pas les passer sous silence. Sachez seulement, en bref, que la 3è symphonie, d’Albert-------a été écrite à l’occasion d’un concours fort original. Lors de l’anniversaire de l’association musicale qu’il dirige, en Amérique, le chef d’orchestre Koussewitsky a eu l’idée de demander à tous les compositeurs en renom, du monde entier, un morceau symphonique qu’il pût faire exécuter aux fêtes jubilaires. Idée charmante qui nous remet dans une atmosphère Vieille Allemagne et Meistersinger, la symphonie de Roussel offre, en particulier, un scherzo, un andante et un finale(je fausse peut-être la dénomination de ces trois temps, griffonnant ces notes en voyage), qui vous plairont infiniment.

Quand verrons-nous un Reinhardt, un Stanislawsky, un Piscator, un Gaston B aty, un Pitoëff, etc...demander une pièce en un acte à chaque dramaturge un peu éminent à l’occasion d’un anniversaire de ce genre ?
« Odéon » ne m’a pas donné l’impression d’entendre le fragment symphonique de Redemption de Franck, que cette maison annonce sur son catalogue d’octobre. Je doute qu’il égale l’interprétation magnifique et sensible qu’en a donné le printemps dernier Albert Wolff, avec l’orchestre des concerts Lamoureux, en un disque « Polydor » qui reste sans rival.

Enesco et son jeune disciple, Yehudi Menouhin viennent d’enregistrer le Concerto en ré mineur de Bach, pour deux volons (2 disques, « Gramophone »). C’est proprement une merveille ; surtout le deuxième temps. Si vous aimez le violon, vous avez certainement, pour les deux grands interprètes que je viens de citer, l’admiration qu’il convient. De trouver ces deux voix conjointes sous le signe de Bach, vous inspirera une allégresse que je partage.