Groupe Études Jean-Richard Bloch

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DISQUES POUR ENFANTS

jeudi 14 octobre 2010

Marianne, 21 Décembre 1932

Étrange entreprise que de faire rire les enfants. Et de les faire rêver. Sans les épouvanter.

Les Français, trop logiques, trop déductifs, se montrent souvent incapables de ce bond dans l’énigmatique et dans l’imprévu, de ce bond poétique, qui fait le charme de tel conte anglais, scandinave ou russe. En outre, moralistes, ils entendent tirer de chaque histoire une leçon profitable. Cet esprit utilitaire déflore tout à coup le jardin où le conteur avait entraîné l’enfant.
La morale, sournoisement glissée, rend celui-ci méfiant et rétif. Adieu l’illusion, le sortilège !

Ainsi qu’y a-t-il de plus gratuit que les contes de Perrault ? De moins moralisant ? De plus libre et capricieux ? Or, dans une adaptation théâtrale, ne voit-on pas Barbe-Bleue transformé en un apologue contre la désobéissance et la curiosité ?

Il est toutefois possible de vous signaler, dans la masse des disques mis en vente, quelques échantillons excellents, purs de ce fade alliage. On ne s’étonnera pas que je mette au tout premier rang, un petit engistrement e tous points admirable, et en même temps délicieux, Rondes enfantines, de Dalcroze, exécutées à ravir par la Troupe du Théâtre du Petit Monde (« Columbia » D.19225). Voilà trois ans que je ne me lasse pas de l’entendre, et que je vérifie son action sur les innombrables enfants par qui je l’ai vu écouter. Faut-il ajouter qu les grandes personnes ne résistent pas davantage à tant de pure et juste fraîcheur ? Un autre disque Dalcroze, la visite à la Dame,(« Columbia »D.6272), de qualité un peu moins exquise, est encore de premier ordre.

Citons, sans désemparer, les amusantes chansons de Bob et Bobette chantées dans un bon style par Mlle S. Feyrou, et M. Jean Sorbier (« Columbia »). Choisissez le Petit Chemin de fer, (D.19307), Soldats de bois (D. 19308), Pourquoi Monsieur Guignol (D. 19305), La bonne soupe au choux, Bonjour, Monsieur Printemps,(J’aime moins le premier de la série, Il était un beau navire (D.19303), incontestablement moins réussi.)

Ne manquez pas de faire entendre à vos enfants un disque anglais (« Gramophone, K. 5956),Aurore à la campagne, où les pépiements d’oiseaux, l’aboi du chien, le grognement du porc, le braiment de l’âne, le meuglement de la vache, mêlés aux caquetages de la basse-cour, et à la douce sonorité de la cloche matinale, forment une symphonie d’une réussite et d’une poésie extraordinaires. Dans le même ordre d’idées, Mariage des vents, (« Gramophone » K.5855) est une réussite moins complète, mais encore très heureuse.

Excellente, dans l’ensemble, chez « Gramophone », la série des « Chansons pour enfants », sous la direction de E. Bervilly, (Il pleut Bergère, Savez-vous planter des choux, Ah ! vous dirai-je maman, Malbrough, Nous n’irons plus aux bois, La Bonne Aventure, etc...)

Par contre, je dois confesser que toute la série des Bécassine, (chez « Columbia et chez « Gramophone »), comme celle des Zig et Puce , me causent un invincible dégoût par leur vulgarité, leur platitude, leur fausse naïveté, leur truquage, le manque de toute fantaisie. Il faut croire que j’ai grand tort car leur succès est vif.

Sous les réserves que j’ai dites au début de cette chronique, la série des Contes de Perrault (Chez « Columbia ») mis en scène par le Théâtre de Bob et Bobette, est très supérieure à celles que je viens de citer. Elle est des lus honorables et plaira par des moyens légitimes.

A signaler encore, avec estime, les jolies Chansons du Jardin de France (« Columbia »).

Si vos enfants approchent de la dixième année, voici Dans un magasin d’horlogerie, (« Gramophone » L.635) : voici, surtout, la leçon de danse du Bourgeois Gentilhomme, dite, chantée, jouée, mimée, dansée, suggérée de façon merveilleuse, par Denis d’Inès, dans Un beau petit diable, « Gramophone », (P.509), qui est aujourd’hui célèbre et classique. Voici une scène magnifique et joyeuse de L’amour médecin de Molière (« Gramophone »DB. 4869)
Par le même Denis d’Inès. Voici l’excellent Pierre Bertin avec M. Croué, dans Les fourberies de Scapin et Monsieur de Pourceaugnac (« Gramophone », DB. 4838). Voici enfin l’inimitable, l’incomparable série des Fables de La Fontaine, par Georges Berr (« Odéon »)(Fuyez comme la este tous les autres enregistrements que ceux de Georges Berr). Mais ici, nous passons déjà au domaine de la deuxième enfance, et à celui de la trosième...la nôtre.