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Avis sur l’ouverture d’Egmont de Beethoven, sur la Symphonie en ut de Schubert, etc.

dimanche 17 octobre 2010

Marianne, 22 Mars 1933

« Ultraphone »(EP781) : ouverture d’ « Egmont ». Cet enregistrement laisse derrière lui, me semble-t-il, ses prédécesseurs, comme éclat, sonorité, perfection technique. Les mouvements sont bien respectés, les perspectives sonores habilement disposées. (Philarmonique de Berlin, Erich Kleiber). Toutefois, Beethoven a quarante ans. Il ne s’agit plus d’un morceau de fanfare. Or les instrumentalistes de cet orchestre jouent les notes, mais ils ne mettent à tout coup, quelque chose dessous. Cette observation vise particulièrement certains petits instruments plaintifs, qui doivent être des clarinettes. En outre, M. Kleiber a tendance à oublier que la répétition a un sens ; elle n’est pas seulement une enflure rhétorique. Il faut lui faire exprimer son contenu.

L’orchestre Halle, en progrès constant, sous la direction de Sir Hamilton Hardy : une version sonore et musclée, délicate et bien ombrée, de l’ »Ouverture du Carnaval Romain », de Berlioz (« Columbia », LFX, 285)

A ce sujet, souhaitons que « Columbia » fasse, en faveur de l’admirable « Symphonie en ut » de Schubert, dont ce même orchestre Halle a fait naguère, un enregistrement insuffisant, le même effort élégant (et habile) que cette maison vient de faire pour l’Ouverture de Tannhäuser, dont la première impression par Mengelberg, était également manquée et qu’il vient de réenregistrer de frais.

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Deux maisons ont édité, pour pick-ups de mairies suburbaines et salles de fêtes provinciales, un disque assuré du plus grand succès. « Ultraphone »(EP 860) nous donne, d’une part, la marche nuptiale du « songe d’une nuit d’été », du jeune Mendelssohn, de l’autre, la Marche du Couronnement , du « prophète », de feu Meyerbeer, gaillardement enlevés par la philarmonique de Berlin. (Léo Blech). Voisinage un peu injurieux pour Mendelssohn, dur pour Meyerbeer. Mais l’épreuve est utile. Je n’avais pas entendu cette Marche du « prophète » depuis des années. On a tendance à oublier trop vite la vulgarité et l’impudence. A ce titre, ce disque mériterait l’attention.

« Pathé »(X 96.228) nous propose la « Marche héroïque », de Saint Saëns. Ecoutant cette pauvre rapsodie- du reste habilement développée par un élève de rhéthorique qui sait sa grammaire-je me disais que son titre, par lui-même privait d’avance le morceau de toute substance. On n’est pas héroïque à vide, héroïque à blanc, héroïque pour rien, héroïque de propos délibéré, comme une statue d’orateur, gonflant le jabot, on ne sait plus pourquoi, et dressant, pour l’éternité, un index vengeur.

L’héroïsme n’est pas un état, mais une réaction. Il naît d’une rencontre, d’une lutte. Il est une révolte, une défense et une agression. Vu par là l’héroïsme ne peut pas se peindre d’emblée, en soi, et privé de son contraire. Pas plus que le bien sans le mal. Wagner l’a compris : l’Ouverture de "Tannhäuser", voilà qui est une véritable marche héroïque : elle grouille de démons. Celle de Saint-Saëns, toute pétrie de vertus difficiles, pose sur le vide : elle est un véritable cantate pour Saint Charlemagne...

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Bonne exécution, sous la baguette de l’auteur, des brillantes et amusantes « Impressions de Music-Hall », de M.Gabriel Pierné (Chorus gils et Little Tich)(« Odéon, 123.756)

Jean Richard BLOCH