Groupe Études Jean-Richard Bloch

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Comédiens comiques : disques édités ça et là

jeudi 14 octobre 2010

Marianne, 5 Avril 1933

Qu’il est difficile d’être drôle ! J’en veux pour preuve les derniers essais de Bach et Laverne (souvent mieux inspirés), « A la bo--- » et « Te tues-t-y ? (« Odéon ») ;-de Marguerite Deval et Lucien Carol, dans leurs « Petits Dialogues de la Correctionnelle » (« Pathé »),-de Gorlett et Marthe Marty, dans leurs « Dialogues marseillais » (« Gramophone »). Hélas !

Que n’ont-ils pris exemple sur M. Roger Monteaux ! Le premier prix de l’humour ira, sans nul doute, cette année, à l’excellent comédien. Il fait, dans son interprétation de « Napoléon II » de Victor Hugo (« Odéon »), une charge juste, forte, extraordinairement incisive, de la « diction Comédie-Française » du chevrotement tragique, du pathos ampoulé, de la déclamation faussement dramatique qui sévit encore chez certains mauvais acteurs de l’ancienne école. Son imitation est un coup de maître. Il s’est amusé à rassembler, dans cette récitation, un spécimen de « Tout ce qu’il ne faut pas faire ». Cela est irrésistible. Si vous rencontrez des naïfs pour vous affirmer que M. Monteaux n’a pas prétendu être comique, et qu’il a enregistré le disque le plus sérieusement du monde, riez-leur au nez et n’en croyez rien.

MM.Pills et Tabet d’une part, Gilles et Julien de l’autre, continuent, chez « Columbia », leurs agréables enregistrements. Comme elle se marque d’une façon curieuse, chez eux tous, la pénétration de la chansonnette française par la technique américaine (celle des Revellers, des Layton et Johnston !) Rencontre de la sentimentalité négro-saxonne et de la sensiblerie parisienne. Celle-ci a tenu le coup. Faut-il s’en réjouir, ou s’en désoler ?

Le même mois nous apporte précisément un bon disque moyen de Layton et Johnston (« Murmure des feuilles » , « Lullaby of the leaves, Columbia », DF978). Il est amusant de le comparer avec les procédés de leurs imitateurs français.

Le célèbre ténor Richard Tauber nous donne une version allemande du fameux « Parlez-moi d’amour », succès de Lucienne Boyer (« Odéon »). Il n’ajoutera rien à sa gloire.

Par contre, la voix étrange de Mme Barbara Diu, dans ses chansons tsiganes, chantées en russe sur accompagnement de guitare, est âpre et voilée à souhait, un peu rauque, voix à l’acide sulfurique, singulièrement prenante(« Ultraphone, AP 421)

« Odéon » nous propose, en deux petits disques, un comprimé du numéro fameux de Grook. Regrettons que cette voix extraordinairement graphique ne se fasse pas entendre un peu davantage, au cours de ces quatre dernières faces. Nous saluons toujours avec un plaisir singulier son timbre mordant et agressif, le scepticisme profond qui l’imprègne. Malheureusement elle cède beaucoup trop longtemps la place à des exercices d’acrobatie musicale dont l’intérêt baisse fort, lorsqu le jeu du célèbre clown n’est pas là pour le soutenir.

Jean Richard BLOCH