Groupe Études Jean-Richard Bloch

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COMPARAISONS

dimanche 17 octobre 2010

Marianne, 14 Juin 1933

Columbia et M. Mengelberg ont donné récemment un exemple de conscience artistique en annotant un enregistrement médiocre de L’ouverture de Tannhäuser au profit d’une nouvelle édition. de toute beauté. J’en ai rendu compte en son temps. (Nous souhaitons maintenant le même geste courageux pour l’Ouverture des Maîtres Chanteurs, dont l’enregistrement actuel, dans le catalogue Columbia, laisse à désirer).

Gramophone, et M. Piero Coppola dirigeant l’orchestre du Conservatoire, viennent de montrer la même qualité de scrupule artistique en réenregistrant pour des raisons analogues, la Mer, de Debussy (DB 4.874 à 76). Edition digne d’éloge.

Une des principales victoires du phono a consisté à amadouer la musique moderne. Jusqu’à ces dernières années, la technique de l’enregistrement ne permettait pas encore de se rendre maitre de ces harmonies fluides. Les dissonances grinçaient. Le manque d’arêtes et de lignes mélodiques évidentes, qui caractérise cette musique, a transformé, pendant longtemps, ces disques en une pâtée confuse, mortellement ennuyeuse.

Ce n’est guère qu’aux environs de 1930 que le studio a triomphé de ces difficultés. Rappelons-en quelques étapes. Ce furent. chez Columbia, par M. Straram. le parfait enregistrement du Prélude a l’après-midi d’un Faune, fruit d’un labeur long, patient et intelligent ; chez le même éditeur, par le même orchestre, le délicieux Escales, de Jacques Ibert ; chez Polydor, la Petite Suite, de Debussy et le Menuet Antique, de Ravel, par les soins de M. Albert Wolff (orchestre Lamoureux) ; chez Gramophone, la fière Iberia, de Debussy (orchestre Coppola). On se souvient de l’espèce de concours entre éditeurs auquel donna lieu le Boléro, de M. Ravel. Cependant Columbia réussissait, à la suite, ses enregistrernents accomplis de Strawinsky et de Darius Milhaud (en particulier, cet inoubliable disque de l’Orestie, D 15.243, où parait la voix tragique de Mme Croiza et qui arracha deux pages enthousiastes à M. Paul Valéry).

M. Coppola, avec l’orchestre du Conservatoire, vient enfin, remplaçant par une nouvelle version l’ancien enregistrement de la Mer, dont il n’était pas satisfait, de répéter la victoire obtenue. l’an passé, avec le Martyre de Saint ’Sébastien.

* * *

Il entre en compétition, ce mois-ci : pour l’Ouverture de Guillaume Tell, de Rossini (Gramophone 4.833 et 4) avec une édition Pathé en deux petits disques également (X 96.257 et 8), où M.Rulhman tient la baguette. Comparaison plaisante et instructive. Les deux, interprétations sont de qualité, les deux:enregistrements sans reproche. Procéderons-nous à un classement forcément un peu. scolaire et enfantin ? Mais nos.lecteurs attendent de nous une indication. Disons-leur que, quel que soit ; ici, leur choix, ils n’auront pas à le regretter. Ils goûteront, dans l’exécution dirigée par M.Coppola la qualité supérieure des timbres, l’exactitude des « silences », une poésie,. un fondu, un mystère et des oppositons tout à fait remarquables. M.Rulhmann y oppose, non sans de solides raisons, un faire plus enlevé, plus populaire, plus italien. Mais lequel le plus rossinien ?

Jean Richard BLOCH