Groupe Études Jean-Richard Bloch

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PANACHAGES MALVENUS

dimanche 17 octobre 2010

Marianne, 21 juin 1933

Le 10 mai dernier, je vous entretenais du 3° Concerto brandebourgeois, de Bach, de cette musique aux élans appolloniens, aux grondements dyonisiaques ; paisible et déchaînée, allègre et terrible, un fleuve lyrique qui évoque tour à tour Balzac, Cervantès, Shakespeare, Whitman ou Saint François d’Assise, qui rend la vie plus légère à supporter, plus belle à vivre.
Un aimable lecteur m’écrit pour me signaler qu’aux deux enregistrements que j’indiquais (orchestre Cortot, chez Gramophone, orchestre H.Wood, chez Columbia), il convient d’en ajouter un troisième, celui de la Philharmonique de Berlin, conduite par Furtwangler (Polydor, 95.417 et 8). J’en crois volontiers mon correspondant quand il me le donne pour magistral.

À propos du 2° Concerto Brandebourgeois, dont je m’occupais au cours de la même chronique, j’avais l’occasion de m’étonner que la « formidable partie de trompette » (et non point la « partie d’orchestre », comme le prote me l’a fait écrire) fût escamotée par l’enregistrement, aussi bien dans l’enregistrement ;dirigé par Stokowski (Gramophone) que dans celui d’Aloïs Melichar (Polydor). Je me demandais devant quel obstacle technique les deux chefs d’orchestre avaient bien pu achopper. Le même lecteur me confirme dans notre conviction, que la difficulté ne pouvait venir de quelque discorde de la .trompette et du micro. Il m’en donne pour preuve certains enregistrements de jazz, de Louis 1rmstong, par exemple « Some of these days ». Prenons-en bonne note. Mais la maison qui publie ces disques ne fait pas à Marianne l’honneur de son service.

Encore de ces panachages qui font consacrer les deux faces d’un même disque à deux auteurs différents, compliquant ainsi à plaisir la collection, le classement et la recherche. Nous nous sommes déjà élevés contre cette pratique. Nous ne nous lasserons pas d’y revenir. Elle relève d’une époque antéhistorique, où le disque poursuivait une clientèle vulgaire et inéduquée, échantillonnait les « genres » pour raccoler l’acheteur.

Le phono a gagné la partie, conquis le public le plus difficile. L’édition phonographique peut désormais se comparer à la librairie. Il ne viendrait pas à l’idée. si ce n’est pour quelque anthologie ou bien pour un ouvrage destiné aux écoles, de réunir, dans un même volume, le Cid et le Misanthrope, un conte de Stendhal et un conte de Maupassant. C’est pourtant ce que fait encore une maison aussi réputé qu’Ultraphone, en nous donnant, sur les deux faces de EP 862, d’une part, le ballet de la « Fiancée Vendue », de Smetana, de l’autre, celui de « l’Arlésienne » ; ..- sur les deux faces de FP 963, d’une part, « Feu d’Artifice », de Strawinsky, de l’autre, l’ouverture de Donna Diana, de Ateznicek ,- d’ailleurs fort plaisamment joués par la Philharmonique de Berlin }(direction Erich Kleiber). Il n’y a aucune parenté de style et d’esprit entre ces différentes pièces.
(Pièces... Que ce mot affreux devient juste ici !)
Nous allons reprocher le même errement à Polydor pour avoir édité (566.163’ et 4) la jolie Procession Nocturne, de M. Henri Rabaud, sur trois faces, et le Prélude ; du Déluge, de Saint-Saëns, sur la quatrième (orchestre Lamoureux, direction Albert Wolff).

« Le panachage », m’écrit un lecteur de Marseille ; à.la suite d’une de mes chroniques où je touchais à cette question, « est neuf fois sur dix mille inutile et agaçant : Il associe trop souvent des oeuvres de des auteurs dont la comparaison immédiate est sans intérêt. Il est désagréable pour l’amateur, de se voir imposer, a la suite d’une oeuvre qu’il aime, l’achat d’un autre qui peut le laisser indifférent. J’hésitais à acheter le « Concerto de Mozart » par Menuhin (Gramophone). La présence d’un fragment de Sonate.de Bach, en dernière face, m’a décidé à le laisser chez .le marchand. Je vous citerai.encore Les « .Danses -Villageoises de Grétry (Pathé), avec, sur la 4è face une indésirable réédition de « l’Ouverture des Noces de Figaro » doublement blâmable, car elle est jouée avec lourdeur, et, d’autre part, déjà enregistrée partout.

Jean Richard BLOCH