Groupe Études Jean-Richard Bloch

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MORCEAUX ÉPARS

dimanche 17 octobre 2010

Marianne, le 13 septembre 1933

Un de mes aimables correspondants (si nombreux, qu’ils doivent me pardonner le retard que je mets trop souvent à leur répondre), veut bien m’adresser une longue lettre, pleine de suggestions importantes. J’en extrais les vœux que voici, auxquels je m’associe de tout coeur :

« Vous avez sans doute l’occasion de correspondre avec les directeurs artistiques de Columbia ou Gramophone ou toute autre marque. Je me permets de vous signaler quelques omissions ou oublis dans leur production, qui pourraient être heureusement réparés :

  1. La Symphonie, de Honegger ;
  2. Amazonas, de Villa-Sobos
  3. Parade, d’Erik Satie ;
  4. S. O. S. (il ne s’agit pas du morceau donné récemment chez Straram).

« Je sais bien ! ce ne sont pas là des oeuvres d’un grand « rapport commercial », mais heureusement les éditeurs ne s’en tiennent pas qu’à la petite musique ».

« 1° Je m’étonne que la Symphonie de Honegger, déjà entendue deux fois à Paris, considérée comme l’un des sommets du compositeur de Judith, sinon comme son chef-d’oeuvre, n’ait pas encore été disquée.

« 2° Quant à Villa-Sobos, s’il a eu des oeuvres enregistrées chez Gramophone, je ne crois pas qu’Amazonas en fasse partie. Ce morceau, entendu un jour de 1931 ou de 1932-retransmis
d’un concert de Paris par T.S.F. en province-m’a poduit la plus forte impression musicale que j’aie jamais ressentie.. Je m’en souviens toujours avec une émotion extraordinaire. J’ai remarqué d’ailleurs en quels termes parlent de Villa-Sobos André Cœuroy, dans son Panorama de la musique contemporaine, et René Dumesnil, dans la Musique Contemporaine en France. Henry Prunières, dans un de ses comptes rendus du II’ festival international de musique, à Vienne (Nouvelles littéraires, 1/10/32, écrit : « On se prenait à désespérer, quand les Trois Chants brésiliens caractéristiques. de Villa-Sobos, vinrent faire passer sur l’auditoire le souffle de la forêt tropicale. Musique qui est une palpitation de vie et qui semble la voix de ces terres de soleil, avec ses rythmes bizarres, ses mélodies étranges, ses surprenantes polyphonies...

« 3° Parade, d’Erik Satie. la plus accessible des oeuvres de ce musicien (jamais enregistré, me semble-t-il), trouverait peut-être bon accueil chez un public assez large. J’en ai pour ma part gardé un excellent souvenir, à la suite de son interprétation par un orchestre dirigé par Roger Désormières, salle Gaveau, lors de la saison 1931-1932.

« 4° S. O. S. est une pièce radiophonique étrangère, d’un compositeur allemand ou russe, qui a été diffusée, notamment par Radio-Paris en 1931 ou 1932. I1 s’agissait des recherches du dirigeable de Nobile. Appel de détresse des naufragés, tous les postes de T. S. F. européens alertés, angoisse des survivants, recherche anxieuse des brise-glace, etc. Le tout baigné dans une musique lancinante et syncopée. Je peux dire que j’ai vraiment parcouru ce soir-là ce multiple panorama, que j’ai vu et vécu l’aventure relatée. Or, pour le phonographe, comme pour la radio, la scène se passe dans un auditorium devant un microphone, pour un public anonyme :ne pourrait-on tenter l’enregistrement « dramatique »de S. O. S. ? Qu’en penserait M. Jean Bérard, qui vient de consacrer le problème par une mise en disques étonnante d’Hamlet ?... »

Jean Richard BLOCH