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Critiques de disques du 7 décembre 1932

jeudi 14 octobre 2010

Marianne, 7 décembre 1932

Trois éditions de la première danse hongroise de Brahms, le même mois ! Chez « Polydor », la Philarmonique de Berlin, et Furtwangler. C’est beaucoup dire en peu de mots. Exécution égale à l’attente que ces noms illustres font naître. Elle est hors de pair : d’une fougue, d’une poésie sensuelle et câline, d’un coloris étonnants.

Chez « Columbia », l’interprétation est confiée au violon de Bronislaw Huberman. Elle est belle, juste et brillante. Au dos, une valse de Chopin (op.64.N°2), belle, poétique et plaisante.

Chez « Ultraphone », c’est le violon de Sladislas Neuman qui chante. Il chante bien. Il aurait peut-être gagné à ne pas venir le même mois que le précédent.

Chez « Polydor » encore, Lily Gyenes et ses vingt tziganes hongroises jouent les danses hongroises 5 et 7. Honneur aux dames. Celles-là ne manquent pas de chien. En écoutant ce disque, on les imagine superbes et passionnées. Leur archet a ces deux qualités.

La jeune fille et la mort. Mon Dieu, que ce titre célèbre est romantique ! La voyez-vous, la pâle jeune fille, pulmonaire et chlorotique, s’éteignant doucement, enveloppée de son plaid écossais ? Entre ses doigts longs et diaphanes, un keepsake. A genoux, devant la chaise longue où elle est étendue, un officier de marine la contemple, passionnément. Au loin, l’inutile Méditerranée...

Mais c’est le bon, le doux, le tendre, le grand Schubert qui nous conte cette banale histoire. Et soudain, elle se transfigure. Le merveilleux quatuor ! Si vous ne le connaissez, qu’attendez- vous ? « Columbia », naguère, nous en avait offert une édition en tous points accomplie. Capet, alors, jouait. Aujourd’hui, « Ultraphone » récidive. Nous ne lui reprocherons pas. C’est le quatuor Bruinier qui officie. Je n’en dirai pas de mal, loin de là !

Pourtant, quelque chose me chiffonne : l’édition Capet demandait quatre disques ; l’édition Bruinier tient en deux. Effet de la crise ? Les quatuors eux-mêmes subiraient-ils le contingentement ? Je veux bien admettre qu’on nous fasse grâce de quelques-unes des reprises, de quelques-uns des Da Capo, dont l’intarissable Schubert n’était pas chiche. Pourtant une compression de 50% me parait un peu dure à avaler. La crise serait-elle cause que la nouvelle édition tourne court, au milieu d’une phrase du Scherzo ?

Le même « Ultraphone » a demandé, à la Philarmonique de Berlin, sous la baguette de E. Kleiber, une exécution de l’ouverture d’Iphigénie en Aulide, de Gluck. C’est un fort beau disque. Richard Wagner a un peu retripatouillé le final. Le passage du style Gluck au style glucko-wagnérien offre quelque chose de saisissant et d’instructif. Je préfère pourtant Gluck et Wagner, chacun dans son domaine, et sans interpénétration.